Fin octobre... Nous roulons à vive allure sous une pluie battante. La côte se déchire sous les éclairages blafards et la mer est d'un noir d'encre. Le silence est pesant, Kim est accrochée au volant comme une cavalière à ses rênes et, à chaque passage sous un réverbère, je devine son grain de beauté, là, juste à la naissance de la mâchoire. J'ai une folle envie de le toucher et de caresser sa joue mais je résiste. Résister, c'était ça le maître mot !

Quelques minutes auparavant, derrière un verre de vin délicieux, mes mains avaient glissé des siennes et ma bouche avait articulé ces mots tant redoutés :

" Kim, il faut arrêter. Je te quitte et ne veux plus te voir."

Elle me sourit, je vois bien qu'elle ne me croit pas. Elle argumente mais je suis sourde. J'enfile lentement mes gants pour lui signifier que c'est la fin. Elle stoppe net, boit la dernière gorgée de son vin d'un geste mécanique et se lève brusquement. Sans un mot, nous rejoignons sa voiture et l'instant d'après nous nous retrouvons devant chez moi avec pour seule musique à cette scène tragique et pathétique, les tambours du ciel martelant la pauvre carrosserie. J'essuie mes larmes discrètement, elle veut mon mouchoir en tissu comme souvenir ; elle le garderai toujours dans son blouson de moto. Dieu que c'est enfantin ! Dieu que je l'aime !

Je bondis hors de la voiture, ivre de douleur et, sous le déluge assourdissant, lui murmure de loin : " Adieu". Je m'accroche au grillage du portail, tétanisée et tremblante. Je tourne la tête une dernière fois. Elle est sortie de la voiture, en pleurs et immobile, elle crie en silence: " Je t'aime !" Une explosion en plein visage comme une révélation.